Bon, c’est pas que le sujet me passionne, mais puisqu’il est devenu impossible de bouffer à la cantine sans qu’un collègue de merde ne mette le sujet sur la table (déjà garnie de légumes trop cuits et de viande trop pas bonne), et qu’invariablement il suscite un nombre invraisembable de conneries dites à la seconde, je ne résiste pas au besoin de dénoncer une contre-vérité comptant parmi les plus agaçantes à entendre et pourtant parmi les plus admises par la quasi-totalité des protaganistes de ces conversations débiles.
Il s’agit d’immobilier.
Bon en gros y a 3 clans : les “haussiers” (ceux qui affirment que les prix de l’immobilier vont continuer de grimper) et les “baissiers” (ceux qui rêvent d’un nouveau krach pour pouvoir à leur tour acheter, spéculer et faire la culbute, comme les petits copains malins qui ont acheté en 1995). Les “haussiers” sont ultra-majoritaires, mais depuis quelques semaines les effectifs des “baissiers” commencent à croître, rapport à la crise de l’immobilier américain, tout ça. Il y a enfin les “menbaleskouyessiers”, dont je fais partie, victimes du mépris des uns et du dédain des autres. Mais ce n’est pas le sujet.
Ce qui me gave, donc, c’est d’entendre n’importe quoi. La contre-vérité du jour est “Les prix à Paris vont pas baisser, impossible, parce que Paris reste pas chère par rapport aux autres grandes capitales, l’explosion des prix depuis 10 ans n’ayant que partiellement rattrapé ce retard”.
A noter que ces propos sont généralement tenus par des cons ayant acheté un appartement non pas à Paris mais en banlieue, afin d’être propriétaire (ah, être propriétaire, quel destin de vainqueur !), et dont le plus grand titre de gloire est d’avoir acheté 150 k€ un appart’ forcément génial de 65 m² avec vue imprenable sur la gare RER de Bry-sur-Marne, qui vaut aujourd’hui 500 k€, si si je vous le dis, mon voisin d’au-dessus a vendu le sien il y a 2 ans pour 200 k€, et depuis ça a encore pris trop de valeur, mon beau-frère agent immobilier (depuis 2 ans, avant il était vendeur de stylos publicitaires) me l’a certifié, ouah ch’suis un gros winner de la mort… Bon, je m’éloigne encore du sujet.
Le truc avec l’argument du “Paris reste bon marché comparé aux autres grandes villes”, c’est que non seulement personne n’ose contester cette affirmation qui sonne comme une évidence, mais qu’en plus c’est tout simplement archi-faux.
Je suis tombé l’autre jour sur un rapport rédigé par UBS sur le pouvoir d’achat dans le monde.
Il est en effet totalement stupide de parler des prix de l’immobilier si l’on ne les considère pas sous l’angle du pouvoir d’achat. Un appartement à 50 k€ dans une ville où le salaire moyen est de 100 € par mois est évidemment relativement plus cher qu’un appartement à 500 k€ où le salaire moyen est de 10.000 € par mois.
Au détour du rapport en question (que vous pourrez lire dans son intégralité ici, si ça vous intéresse), je suis tombé sur un graphique (cliquez dessus pour le voir en entier) que je reproduis ici :
Où il apparait que, rapporté au pouvoir d’achat, le coût du logement à Paris n’est surpassé que par Londres, NY, HK, Seoul, Santiago, Mumbai, Rio, Istanbul, Moscou, Budapest, Shangaï, Mexico, Bucarest, Pekin, Kiev, Delhi et Jakarta.
Soit, pour ne garder que les villes « comparables », Londres et New-York.
Toutes les autres villes importantes du monde coûtent moins cher relativement que Paris pour se loger : Tokyo, Rome (très légèrement), Milan, Madrid, Barcelone, Berlin, Bruxelles, etc, etc, etc.
En un mot, ce graphique indique que Paris est une ville chère, très chère, en matière de logement (accessoirement il montre aussi qu’en terme de pouvoir d’achat, au-delà des considérations sur l’immobilier, Paris est franchement mal placée).
Je ne sais pas si l’immobilier va ou non se casser la gueule, mais une chose est sûre : si ça devait continuer de monter, ce ne serait pas parce que Paris est bon marché, comme le prétendent tous les beaufs de la cantine.

[...] 27th, 2007 by gabin2012 Bon… je pensais pas devoir y revenir, mais on m’a encore pris le chou ce WE avec l’immobilier, alors je me sens obligé de [...]